
J’ai été freelance, entrepreneure, salariée.
Et puis, à certains moments, j’ai été “juste” mère au foyer — ce mot qui paraît simple, mais qui contient tellement plus que ce qu’on imagine.
Avant d’avoir des enfants, je pensais que les trajectoires professionnelles étaient linéaires. Qu’on avançait, qu’on construisait, qu’on montait en compétence, point. Puis la maternité est arrivée, et avec elle des pauses imposées, des arrêts non choisis, des redémarrages hésitants. Trois enfants plus tard, j’ai compris que la réalité était tout autre : on ne monte pas une carrière comme on trace une ligne droite, mais comme on traverse un paysage, avec des détours, des ralentissements, parfois même des retours en arrière.
De ces parcours que j’ai vécus, et de ce que j’ai observé autour de moi, j’aimerais mettre en avant ce qui suit : l’importance de la bienveillance, envers soi-même d’abord, et envers les autres ensuite. J’espère que ces mots porteront chacune à s’encourager, à se faire confiance, et à garder un regard doux sur celles qui l’entourent. Parce que nous avançons toutes avec des réalités différentes, souvent invisibles, mais tout aussi valables.
On pense parfois qu’être une mère qui travaille à son compte est plus “fort”, plus vaillant. Mais je n’oublie pas ce que c’était que de devoir se lever à une heure précise, partir, rentrer car il faut essayer d’attraper les enfants encore éveillés... Se lever plusieurs fois dans la nuit alors que le lendemain, il fallait absolument repartir au bureau. Gérer la fatigue sans qu’elle ne se voie. Continuer, quoi qu’il arrive. Et surtout, ne rien laisser transparaître devant un patron qui, parfois, n’a pas encore d’enfant — et ne peut pas mesurer ce que cela implique. BREF ! Composer avec tous les aléas du quotidien, sans marge de manœuvre.
Autrement, travailler de chez soi, ou à des horaires non fixes, ne signifie pas manquer de discipline ou craindre le cadre. Bien au contraire. C’est souvent devoir jongler avec une infinité de paramètres, endosser simultanément plusieurs rôles, tenir ensemble toutes les facettes de ce que nous sommes, en tant que femmes.
Tous les parcours sont beaux et méritent d’être savourés.
Même quand ce n’est pas facile.
Parce qu’on en tire toujours bien plus qu’on ne le croit : de l’expérience, un savoir qui ne nous servira peut-être que 5 ans plus tard. Une compréhension humaine, un sens de l’adaptation, une capacité à gérer les autres — et soi-même — avec plus de justesse.
Être freelance m’a appris la liberté, mais aussi l’insécurité.
Être entrepreneure m’a confrontée à la responsabilité permanente, à la difficulté des décisions, à l’incertitude. Mais elle m’a donné le goût du risque, de la vision, de la création pure.
Être salariée m’a appris la rigueur, le fonctionnement en équipe, le respect d’un cadre — parfois au prix de l’effacement de soi.
Être mère au foyer, enfin, m’a confrontée à une autre forme de silence : moins de reconnaissance extérieure, alors même que l’intensité intérieure, elle, ne diminuait jamais.
Ce que j’ai appris, avec le temps, c’est que tout cela laisse des traces utiles. Même si on ne le voit pas immédiatement. Certaines compétences, certaines compréhensions humaines, certains réflexes ne servent pas tout de suite — mais reviennent plus tard, parfois des années après, exactement au moment où il le faut.
Chaque situation a ses contraintes.
Chaque cadre a ses exigences.
Ne regardons jamais l’autre de haut parce qu’elle n’a pas suivi le même chemin. Au contraire, apprenons à reconnaître ces forces discrètes, souvent silencieuses, que les femmes développent au fil de ces trajectoires multiples. Elles sont moins visibles, peut-être, mais profondément solides.
